lundi 29 août 2016

Séduire Isabelle A. - Sophie Bassignac



Lu en : V.F.
Résumé Isabelle a été très claire. Elle n’épousera Pierre que s’il est accepté par tous les membres de sa famille, les Pettigrew. Lors d’une semaine caniculaire sur les bords de Loire, les présentations vont tourner au cauchemar. Car tout sépare le jeune journaliste un peu coincé de cette joyeuse clique de libres penseurs passablement allumés. Pour être adopté, le nouveau venu sera soumis à un baptême du feu décoiffant…

Merci aux éditions JC Lattès ainsi qu'à Lecteurs.com pour cette lecture !








Chronique : Séduire Isabelle A. est ma première lecture de la romancière Sophie Bassignac, j'étais donc très curieuse de découvrir cette plume ! 

Ce roman est d'une fraîcheur assez rare dans les romans de la rentrée littéraire : le drame est laissé de côté au profit du rire et parfois même du burlesque dans des situations inattendues : c'est le choc des cultures entre le prétendant et les Pettigrew ! Sur les 100 premières pages, la romancière décide de nous dépeindre la volonté de Pierre à se marier avec Isabelle et pour cela il doit réussir le pari de séduire son éventuelle future belle-famille. La suite nous dira si le pari est rempli...

Au fur et à mesure de cette lecture je n'ai pu m'empêcher de trouver cela sympathique mais sans étincelle, c'est une histoire qu'on lit pour nous détendre avec plaisir mais que l'on oublie aussi très vite. Je pense que cela vient du fait que nous n'avons pas grand chose sur lequel nous rattacher : les personnages sont très nombreux et ne sont pas forcément approfondis. Le gros point fort est leur côté burlesque !

Quant au narrateur : il est noyé sous les informations, sous les situations, sous cette famille qui est à l'opposé de tout ce qu'il est et conçoit comme familial. J'ai bien apprécié ces efforts pour plaire, pour s'adapter par amour mais même si cela est très touchant il n'en reste pas moins que c'est la plus vieille histoire du monde.

En définitive, j'ai apprécié certains aspects de cette lecture surtout face à l'avalanche de récits dramatiques pour cette rentrée littéraire mais elle manque de facéties inattendues. 


dimanche 28 août 2016

Soyez imprudents les enfants - Véronique Ovaldé

Lu en : V.F.
Résumé : « Soyez imprudents les enfants », c’est le curieux conseil qu’on a donné à tous les Bartolome lorsqu’ils n’étaient encore que de jeunes rêveurs – et qui explique peut-être qu’ils se soient aventurés à changer le monde. « Soyez imprudents les enfants », c’est ce qu’aimerait entendre Atanasia, la dernière des Bartolome, qui du haut de ses 13 ans espère ardemment qu’un événement vienne bousculer sa trop tranquille adolescence. Ce sera la peinture de Roberto Diaz Uribe, découverte un matin de juin au musée de Bilbao. Que veut lui dire ce peintre, qui a disparu un beau jour et que l’on dit retiré sur une île inconnue ? Atanasia va partir à sa recherche, abandonner son pays basque natal et se frotter au monde. Quitte à s’inventer en chemin.Dans ce singulier roman de formation, Véronique Ovaldé est comme l’Espagne qui lui sert de décor : inspirée, affranchie et désireuse de mettre le monde en mouvement.




Je remercie les éditions Flammarion ainsi que Lecteurs.com pour cette lecture !

Chronique :


Véronique Ovaldé est une des incontournables de la rentrée littéraire française et même si a priori son roman ne correspond pas à mes goûts littéraires, j'étais curieuse de redécouvrir sa plume suite à ma lecture du très bon La Grâce des brigands.

Soyez imprudents les enfants est l'histoire d'une vie, tout commence avec un prologue choc pour ensuite expliquer comment Atanasia -l'héroïne- a vu sa vie chamboulée par la découverte d'un artiste. Une vie monotone et enfantine qui va transiter vers l'âge adulte au sein d'un cadre spatial essentiel : celui de l'Espagne. Les chapitres permettent de suivre la progression de cette passion ainsi que l'évolution de ce personnage central. Cette lecture est pour le moment fluide et agréable même si l'originalité n'est pas encore présente...

A mes yeux le point fort de ce livre est sûrement de capter autant l'histoire de l'héroïne que de celui de son époque : on découvre un pays qui a vécu la dictature, un pays qui évolue. C'est une histoire de génération, une histoire dans l'Histoire, une histoire du temps qui passe, des personnalités qui évoluent et de la passion qui perdure. C'est l'histoire d'une famille qui cache des secrets durant la période Franco.

L'auteure s'imprègne de la réalité, de ce qui fût pour incruster cette enquête d'Atanasia pour savoir qui fût Uribe. C'est donc un roman d'apprentissage, un roman qui démontre qu'au travers de la culture, une adolescente peut découvrir sa propre voie/voix. C'est à la fois une mise en parallèle entre la fin d'une dictature et le début de l'émancipation de la jeune héroïne. Un portrait féminin que j'ai apprécié qui a su parfois me faire vibrer sans forcément me surprendre.

En définitive, une lecture très intéressante qui démontre encore une fois le talent de Véronique Ovaldé sans pour autant être son meilleur roman.


samedi 27 août 2016

Station Eleven - Emily St. John Mandel

Lu en : V.F.
Traduction : Gérard de Chergé
Résumé : Un soir d’hiver à Elgin Theatre de Toronto, le célèbre acteur Arthur Leander s’écroule sur scène, en pleine représentation du Roi Lear. Plus rien ne sera jamais comme avant.Dans un monde où la civilisation s’est effondrée, une troupe d’acteurs et de musiciens parcourent la région du lac Michigan et tente de préserver l’espoir en jouant du Shakespeare et du Beethoven. Ceux qui ont connu l’ancien monde l’évoquent avec noslagie, alors que la nouvelle génération peine à se le représenter. De l’humanité  ne subsistent plus que l’art et le souvenir. Peut-être l’essentiel. Entre l’avant et le présent, Station Eleven entrelace sur des décennies la destinée de personnages inoubliables. Elégie de la condition humaine, ce livre à construction vertigineuse envoute le lecteur par sa puissance romanesque émotionnelle.



Je remercie les éditions Rivages pour cette magnifique lecture !




French Touch : Station Eleven is already a great classic novel, better than The Road by McCarthy : so moving, powerful and unforgettable... I survived with these characters, I cried with them, I lived with them during this reading.



Chronique : Station Eleven est bien loin d'être un énième roman post-apocalyptique, il s'agit d'ores et déjà d'un grand classique : un roman qui remue le lecteur, qui le perturbe, le secoue, le bouscule! Jamais l'après n'aura été aussi bien décrit, aussi émouvant, aussi humain. A mes yeux, Emily St John Mandel a dépassé la grande référence de La Route de McCarthy !

Le sujet n'est pas ce qui pourrait se passer après mais les connexions intrinsèques entre l'avant et l'après, les liens entre les vivants et les morts, entre les rêves et les souvenirs. C'est une histoire de transmission, de survie mais pas que... Parce que survivre ne suffit pas comme le dit si bien cette citation de Star Trek qui est peinte sur l'un des véhicules de la troupe de la Symphonie Itinérante. Une troupe constituée de musiciens, d'acteurs, de survivants, de battants, d'êtres qui ont vécu l'avant, d'autres qui peinent à s'en souvenir et enfin certains qui ne l'auront jamais connu. Si le plus dur et pour ceux qui se souviennent de ce qui a été perdu, il n'en reste pas moins que ce monde vide, désert et cruel n'épargne personne... 

A parcourir les routes en quête de petites communautés afin d'y jouer des pièces de Shakespeare, la troupe est un symbole très fort de cette volonté d'apporter l'espoir le temps d'une représentation. Itinérante, elle croise la route de petits groupes variés : certains hostiles, dangereux notamment les sectes post-apocalyptiques; d'autres heureux de pouvoir penser à autre chose pendant quelques instants. 

Mais si je raconte cela, vous aurez l'impression que c'est le centre de l'histoire mais tel n'est pas le cas... Les parties et les chapitres alternent le passé et le présent, les personnages décédés et encore en vie : vous en apprendrez plus sur Arthur cet immense acteur qui meurt dès les premières pages du livre juste avant que l'épidémie ne fasse rage sur le monde; vous rencontrerez Jeevan un ancien paparazzi de ce dernier; Kirsten une actrice-enfant à l'époque qui aura bien grandi par la suite, devenant une jeune femme forte et prête à tuer pour se sauver... 

Ces chemins entrecroisés, ces flashbacks, ces jonctions entre les protagonistes engendrent une véritable fascination pour l'intrigue de la part du lecteur. J'étais happée par cette histoire et je n'ai pas pu la lâcher. J'ai été vraiment émue par ma lecture car j'ai eu l'impression d'être en présence d'amis, parce que j'ai complètement oublié mon quotidien en étant dans un monde ravagé et sombre... Rares sont les romans post-apocalyptiques aussi originaux, intelligents et émouvants.

En définitive, ce roman -qui a déjà conquis le lectorat anglophone- mérite un succès au moins aussi chaleureux de la part du lectorat francophone. N'hésitez pas : peu importe que vous aimiez ou non les romans post-apocalyptiques, ce livre est bien plus que cela... Il est universel.


Là où les lumières se perdent - David Joy

Lu en : V.F.
Traduction : Fabrice Pointeau
Résumé : Caroline du Nord. Dans cette région perdue des Appalaches, McNeely est un nom qui ne laisse pas indifférent, un nom qui fait peur, un nom qui fait baisser les yeux. Plus qu’un nom, c’est presque une malédiction pour Jacob, dix-huit ans, fils de Charly McNeely, baron de la drogue local, narcissique, violent et impitoyable. Amoureux de son amie d’enfance, Maggie Jenkins, Jacob n’a guère l’occasion de se montrer romantique. Il est le dauphin, il doit se faire craindre et respecter, régler les affaires de son père de la façon la plus expéditive qui soit. Après un passage à tabac qui tourne mal, Jacob se trouve confronté à un dilemme : doit-il prendre ses responsabilités et payer pour ses actes afin d’aller vers la lumière, ou bien s’enfoncer encore dans les ténèbres en suivant la voie paternelle ? Alors que le filet judiciaire se resserre autour de lui, Jacob a encore l’espoir de sauver son âme pour mener une vie normale avec Maggie. Mais cela ne pourra se faire sans qu’il affronte son père, bien décidé à le retenir près de lui.


Je remercie les éditions Sonatine pour cette lecture !





French Touch : David Joy wrote one of the best first novels I've read in my life ! I cried at the end, Jacob is so moving, his life is  so dark and his love for Maggie is so powerful... I love this book so much !



Chronique : Alors que les chroniques commençaient dès juin à défiler sur ce titre, j'ai attendu patiemment mon heure pour vous parler de ce petit bijou dans le genre du roman noir, un livre passionnant, sombre et incroyable : voici l'histoire d'un coup de cœur !

J'avais déjà lu ce roman en anglais mais j'avais hâte de découvrir la traduction de Fabrice Pointeau (excellent traducteur de R.J. Ellory notamment) : encore une fois, ce traducteur met en avant de façon somptueuse le style de l'auteur. Là où les lumières se perdent est un premier roman de grande qualité tant dans l'intrigue que dans la forme avec un personnage central qui pourrait être a priori très classique dans ce genre littéraire mais qui est en réalité d'une grande profondeur et extrêmement touchant.

Les Appalaches est le lieu parfait pour mettre en place une ambiance à la Daniel Woodrell : c'est un endroit très sauvage, perdu des Etats-Unis, un endroit fascinant où la cruauté des hommes se développe à son apogée. Le lecteur fait ainsi la connaissance de Jacob, jeune homme de dix-huit ans qui ne souhaite qu'une chose : échapper au destin familial, échapper à son père qui est le baron local, fuir cette ville et cette malédiction... Cependant cet espoir est souvent terni et dès lors c'est en Maggie, son amour de toujours, qu'il place toutes ses chances : elle doit partir, vivre à sa place... 

C'est une histoire véritablement déchirante, j'ai rarement été aussi touchée par un personnage : Jacob est plus jeune que moi mais il fait preuve d'une grande maturité, d'un courage extrême et d'un sens du sacrifice inouï. Il éclipse tous les autres personnages même si j'ai beaucoup aimé Maggie, cette jeune femme sincère qui aime Jacob malgré tout son passif et sa famille. La force de ce livre réside ainsi dans la force de caractère des personnages, si l'intrigue n'est pas très compliquée, elle permet de mettre en avant l'intérêt premier du country noir : les relations humaines dans un endroit confiné et perdu. Le lecteur sera soumis à une forte tension et ce jusqu'à la fin. Sûrement la plus belle fin de roman de cette rentrée littéraire.

En définitive, une pépite du country noir, un roman à l'intrigue simple mais aux personnages approfondis et complexes avec une fin sublime...


vendredi 26 août 2016

Minnow - James E. McTeer II

Lu en : V.F.
Traduction : Virginie Buhl
Résumé :En quête d'un médicament pour sauver son père atteint d'une maladie rare, Minnow, jeune garçon originaire de Caroline du Sud, s'aventure pour la première fois sur les longs sentiers humides et labyrinthiques de sa terre natale. Un médecin vaudou, le "docteur Crow", lui a confié une dangereuse mission en échange du remède miracle : rejoindre les lointaines Sea Islands, sur les traces de Sorry George, l'arrière-petit-fils d'un puissant sorcier, un esclave débarqué d'Espagne, tristement connu pour avoir fait succomber à la fièvre cinquante-deux âmes. Minnow, aventurier par la force du destin, va alors tenter le tout pour le tout, et s'enfoncer dans ces marais où se tapissent d'étranges créatures. Et lorsqu'un ouragan échappé de l'océan vient ravager la région, son périple se transforme en une odyssée, un voyage intime et épique dont personne ne ressort indemne. 


Je remercie les éditions du Sous-Sol pour cette lecture !


French Touch : This book is really original ! Minnow's story looks like a tale, an odyssea, a bildungsroman !



Chronique : Un maitre mot pour la rentrée littéraire des éditions du sous-sol : originalité ! Vous serez assurément surpris par ce roman qui mélange le conte à la fiction contemporaine !

Minnow est un roman extrêmement intriguant qui possède plusieurs niveaux de lecture : c'est à la fois un conte et un roman car le lecteur semble être perdu dans une quête onirique, une quête qui ne semble pas ancrée dans le réel et pourtant James E. McTeer II nous décrit avec beauté, avec poésie le vieux Sud des Etats-Unis. J'ai tout de suite plongée dans cette lecture qui m'a fait l'effet de retourner en enfance tout en ayant un niveau de lecture plus mature. Cette sensation similaire à la lecture du Petit Prince à l'âge adulte... 

Roman d'apprentissage, roman mirage, Minnow nous conte l'histoire d'un jeune garçon parti à la recherche d'un médicament pour son père : c'est ainsi que chaque personnage qui croise sa route l'amène à continuer son chemin. Marchant des kilomètres, Minnow fait preuve d'un grand courage et d'une opiniâtreté sans faille à l'image d'un Tobie Lolness. Un garçon comme on en rencontre peu de nos jours, défiant les malédictions, les personnes mal intentionnées et les éléments naturels. C'est un périple dangereux qui l'attend dans les marais obscurs de Caroline du Sud.

Ne cataloguons pas les romans, car Minnow démontre que certains livres dépassent les genres littéraires. C'est une leçon de vie pour tous, une odyssée qui nous permet de mettre en perspective notre existence, de nous remettre en question. C'est une histoire unique, douce, triste, cruelle, étrange et belle à la fois.

 J'ai beaucoup aimé cette lecture même si je mets un bémol sur la fin : vers le dernier quart du livre le roman amène une véritable scission dans l'atmosphère en devenant beaucoup plus sombre. C'est ainsi que jusqu'à cette transition j'aurais pu dire que vous pouviez lire ce roman avec votre enfant mais la fin est à mes yeux assez violente et je n'ai pas compris ce choix de l'auteur d'amener une épreuve aussi dure à notre Minnow alors qu'il avait traversé déjà de nombreux dangers.

En définitive, un premier roman réussi, original et très émouvant !