jeudi 19 janvier 2017

Heimska - Eiríkur Örn NORÐDAHL

Lu en : V.F.
Traduction : Eric Boury
Résumé : Futur proche, bienvenue dans la surVeillance : les caméras sont partout, impossible de se déconnecter. Au royaume de la transparence, tout ce qui est caché est suspect.
Áki et Lenita viennent de se séparer et se vengent par personnes interposées en se livrant à toutes sortes d’expériences sexuelles sous l’œil attentif des webcams. Tous deux écrivains, ils achèvent chacun leur roman. Un roman unique. Qui fera date.
À Isafjördur, le soleil de minuit commence à pâlir et les mystérieuses coupures d’électricité se multiplient, privant les habitants des joies du voyeurisme ; un groupe d’étudiants en arts squatte une ancienne usine de crevettes en cultivant des projets louches ; les autorités sévissent, pas toujours raisonnables.

Je remercie les éditions Métailié pour cette lecture !




Chronique : Illska avait été une très belle découverte grâce aux éditions Métailié, j'étais donc heureuse de voir que son auteur allait publier un autre roman. Voici mon avis sur Heimska...

Si Illska était dense, Heimska est un roman beaucoup plus court et rapide à lire. Si Illska est contemporain, Heimska représente un futur proche dans la lignée du Big Brother de George Orwell. Nous sommes tous surveillés les uns par les autres, toutes nos webcams connectées, vivant à la merci du regard de son voisin, d'autrui. Un voyeurisme exacerbé où la téléréalité devient simplement la réalité.

Cette dystopie contemporaine est livrée via deux personnages qui se mènent une guerre sans précédent : cherchant à blesser l'autre en couchant avec le plus de partenaires possibles. Le monde est ainsi complètement "libéré" des convenances, des mœurs, de la vie privée, de l'intime. Tout semble possible et tout manque de saveur à la fois... Tout semble n'être qu'illusoire, digne de dérision et de critique. Par la même l'écrivain fait un constat féroce de ce que peut devenir notre futur.

J'ai aimé cette lecture même si elle n'est pas du même acabit que son livre précédent. Je pense que cela manquait d'approfondissement du fait de chapitres extrêmement courts (une page environ) qui sont le reflet de la taille du roman. Mais il n'en reste pas moins que cela est très addictif à lire, le ton mordant est très intelligent, l'auteur ose et le lecteur se délecte de son sarcasme et sa vision désabusée d'un éventuel futur.

En définitive, Heimska est une dystopie contemporaine très bien menée ! 


mercredi 18 janvier 2017

Nocturnal Animals - Austin Wright


Lu en : V.F.
Traduction : Philippe Rouard
Résumé :Alors qu’elle mène une vie paisible, Susan reçoit un manuscrit de son premier mari, Edward. Le roman raconte l’histoire de Tony, kidnappé sur l’autoroute avec sa femme et sa fille, tandis qu’ils se rendaient dans leur maison du Maine. Or Susan a, elle aussi, une maison dans le Maine. Que veut réellement lui révéler Edward ? Au fur et à mesure de sa lecture, Susan va plonger dans une spirale infernale…


Je remercie les éditions Points pour cette lecture !







 
Chronique : Avec l'adaptation de ce livre avec Amy Adams et Jake Gyllenhaal je souhaitais absolument lire ce roman avant de voir le film : voici mon ressenti !

La première partie du roman qui représente les 140 premières pages est vraiment parfaite : c'est un vrai page turner, une histoire où l'angoisse monte progressivement et où le lecteur est happé dans le récit. Le fait de créer une mise en abyme où l'héroïne du roman lit elle-même un manuscrit est une construction intelligente et originale, on s'identifie à Susan et à sa découverte de l'histoire écrite par son ex-mari.

Après cette première partie digne d'un chef d'œuvre du thriller, le rythme de Nocturnal Animals ralentit, devient plus lent tant dans la partie réservée à Susan que dans celle réservée à Tony. Mais la lecture reste fascinante car l'on souhaite savoir ce que souhaite faire, transmettre Edward à son ex-femme au travers de ce livre. J'étais impatiente de lire le dénouement et de comprendre où tout cela va mener Susan.

Cette dernière est une femme assez antipathique, elle se permet de juger assez facilement sans pour autant se remettre en question, une femme qui reste dans son confort bourgeois, qui analyse sans cesse sa vie et les gens qui l'entourent et se permet parfois de les regarder de haut. Dès lors je comprends le choix du final par Austin Wright mais je dois avouer que ce n'était absolument pas ce à quoi je m'attendais. [Spoiler] Je pensais vraiment que ce livre était un thriller en soi et que la fin serait en conséquence alors qu'il s'agit plus d'un roman contemporain [Fin Spoiler]. L'auteur se questionne réellement sur la littérature et son pouvoir, son influence sur le lecteur.

En définitive, une lecture très addictive au départ, qui s'apaise progressivement mais qui reste très intéressante à lire ! 



mardi 17 janvier 2017

Les animaux - Christian Kiefer

Lu en : V.F.
Traduction : Marina Boraso
Résumé : Niché au fin fond de l’Idaho, au cœur d’une nature sauvage, le refuge de Bill Reedrecueille les animaux blessés. Ce dernier y vit parmi les rapaces, les loups, les pumas et même un ours. Connu en ville comme le « sauveur » des bêtes, Bill est un homme à l’existence paisible, qui va bientôt épouser une vétérinaire de la région. Mais le retour inattendu d’un ami d’enfance fraîchement sorti de prison pourrait ternir sa réputation. Rick est le seul à connaître le sombre passé de Bill, que ce dernier s’est acharné à cacher pendant toutes ces années. Pour préserver son secret et la vie qu’il a bâtie sur un mensonge, Bill est prêt à tout. Au fur et à mesure que la confrontation entre les deux hommes approche, inéluctable, l’épaisse forêt qui entoure le refuge, jadis rassurante, se fait de plus en plus menaçante…



Je remercie les éditions Albin Michel pour cette lecture !




Chronique : La collection Terres d'Amérique nous offre une pépite de la littérature américaine, Les Animaux est un des meilleurs romans de la rentrée d'hiver 2017  !

Deux histoires et un même fil conducteur, deux personnalités et un seul être. Les animaux raconte l'histoire de Bill Reed anciennement appelé Nat, alternant le passé et le présent l'auteur nous fait découvrir un personnage complexe et très charismatique. D'un côté il y a Nat, un petit délinquant sans envergure, un joueur de Casino minable, un ami peu fiable; de l'autre il y a Bill Reed, un homme responsable, gardien d'un refuge pour animaux sauvages, être fidèle et amoureux à une belle vétérinaire.

C'est ainsi que je suis tombée sous le charme de Bill Reed, de sa tendresse, de sa volonté de bien faire, de son combat pour la cause animale et que j'ai détesté Nat pour sa lâcheté et son manque de caractère. J'ai trouvé que Christian Kiefer retranscrivait à merveille cette évolution, cette quête de rédemption et met en lumière la controverse de la seconde chance : peut-on devenir meilleur, peut-on changer ? 

Au-delà de cette question de rédemption, la question écologique/animale est aussi très présente et ce notamment au travers d'une problématique : vaut-il mieux garder des animaux sauvages en cage pour les maintenir en vie ou les libérer malgré leur handicap au risque qu'ils meurent dans les semaines à venir ? Bill Reed se pose cette question car elle définit, détermine si son combat est ou non justifié, si sa rédemption est ou non acquise.

Cela est sans compter le retour de son passé avec Rick, son ancien ami. Ce dernier va ainsi bousculer le quotidien du héros, chercher vengeance mais pourquoi ? C'est ainsi que le lecteur va découvrir progressivement pourquoi cette haine entre ces deux êtres qui étaient pourtant liés par des épreuves terribles. Tout cela traité de façon magistrale et une traduction sublime de Marina Boraso : entre descriptions magnifiques et dialogues puissants, la traductrice a rendu un très bel hommage à la plume de l'auteur.

En définitive, un coup de cœur indéniable et un incontournable de 2017 ! 


lundi 16 janvier 2017

La Désobéissante - Jennifer Murzeau

Lu en : V.F.
Résumé : Paris, 2050. Bulle découvre, catastrophée, qu'elle est enceinte. Autour d'elle, le monde est un naufrage. Sous des dômes, les plus riches se calfeutrent, ignorant les misérables qui se débattent au dehors, rendus inutiles par l'automatisation. Le chômage a atteint 70%, la violence envahit les rues. Les plus dociles gobent leur Exilnox, les yeux voilés par des implants connectés. Sur les holordis, les murs, partout, brillent les pubs et les flashs info anxiogènes. Alors un enfant, là-dedans... Pourtant le garder, c'est refuser de se résigner. Avec une poignée de hackers, Bulle choisit la lutte.

Je remercie les éditions Robert Laffont pour cette lecture !







Chronique : Bienvenue en 2050 à Paris : La désobéissante est une dystopie mélangée à un roman contemporain, une lecture innovante ! 

2050 est à la fois si proche et si loin, si proche car je serai toujours a priori en vie à 56 ans, si loin car voilà que la Terre est dans une nouvelle ère : où l'injustice sociale est devenue normale et non plus révoltante, où le chômage a augmenté de façon sidérante, où la publicité est omniprésente et où le taux de mortalité est lui aussi en terrible hausse. C'est un futur possible voire probable, notre monde se dirige vers cela : un manque de respect envers la nature, envers nous-mêmes et son prochain... 

Jennifer Murzeau livre un roman sans concession, nous met en lumière nos erreurs et vers quoi elles nous dirigent : un monde où il faut choisir entre la servitude, la docilité et la révolte. La dystopie a vu ses heures de gloire revenir avec des romans YA comme Hunger Games ou Divergente mais j'attendais avec impatience que ce genre revienne aussi dans la littérature "adulte" comme 1984 de George Orwell. La désobéissante s'adresse ainsi aux amoureux de ce grand classique mais aussi des grands succès de la dystopie de notre siècle.

J'ai aimé Bulle et son combat pour défendre l'enfant qui est à naître, un seul combat, une seule femme mais un seul être qui peut tout changer. J'aime ce genre littéraire car il permet de voir en face les problèmes exacerbés de notre société et donne l'envie d'avancer, de se battre à son humble niveau pour revendiquer ses propres idéaux.

En définitive, La Désobéissante est un très beau roman dans le genre de l'anticipation !


Théa - Mazarine Pingeot

Lu en : V.F.
Résumé : Paris, 1982 : fuyant le coup d'État, des centaines d'Argentins se réfugient dans la capitale française, des images macabres plein la mémoire. La vie de Josèphe, 22 ans, bascule lorsqu'elle croise l'un d'entre eux. À peine le coup de foudre s'est-il produit que le mystérieux « Antoine » disparaît. Josèphe se met alors à enquêter : qui est Antoine ? Que lui est-il arrivé ? Est-ce vrai, ce que Josèphe a lu sur les « disparus », sur ces « folles de la place de Mai » ?
Alors qu'elle découvre le passé de l'homme qu'elle aime, la jeune femme est brutalement renvoyée à sa propre histoire familiale, aux secrets et aux silences de ses parents... Bientôt les stigmates de la guerre d'Algérie viendront se mêler à ceux de la dictature argentine...

Je remercie les éditions Julliard pour cette lecture !




Chronique : Avec Théa je découvre la plume de Mazarine Pingeot, une lecture agréable...

Certes ce livre n'est pas unique, original en son genre mais peu importe : cela reste intéressant dans les thématiques et émouvant au travers des personnages. L'auteure va dépeindre un pan de l'Histoire et ce grâce à la quête éperdue de Josèphe pour retrouver l'homme qu'elle aime. C'est un roman d'apprentissage bien écrit avec une prise de position politique et philosophique.

Les thématiques abordées sont toujours d'actualité même si plus de trente ans sont passés, ce sont des questions existentielles qui perdurent dans le temps et dans le coeur des hommes. C'est ainsi que le lecteur sera confronté à de tels questionnements : la quête d'identité, trouver un chez-soi, l'amour, l'histoire personnelle au sein de la grande Histoire, la guerre... 

L'histoire d'amour reste le moteur, fil conducteur de l'ensemble, une jeune femme d'une vingtaine d'années qui se livre corps et âme à la recherche de son amour, un immigré Argentin qui s'est réfugié avec les siens en France. Des secrets seront dévoilés, des mystères découverts car chaque famille, chaque personne a sa part d'ombre...

En définitive, une lecture intrigante portée par la voix de la jeune Josèphe...