mercredi 9 mars 2016

Interview - Hélène Fournier [Traductrice]

Merci à Hélène Fournier pour ses réponses ! 
Photo : MicMag.net 



- Comment avez-vous été amenée à devenir traductrice ? Que représente la traduction pour vous ?
H.F. :
J'ai pris des chemins de traverse. Ma prof de français au lycée a joué un rôle très important, j'étais dans une section scientifique et grâce à elle j'ai découvert notre langue et j'en suis tombée amoureuse. Je suis restée en lien avec cette enseignante jusqu'à sa mort, il y a à peine quelques mois qui, je dois l'avouer, m'a énormément secouée. Après un bac scientifique, j'ai fait une licence d'anglais puis une licence de droit et j'ai longtemps travaillé en entreprise comme assistante bi ou trilingue. Travail purement alimentaire qui ne me plaisait pas du tout. Puis j'ai eu la chance, par le biais de rencontres, de découvrir le monde de l'édition et au même moment était créé un DESS de traduction littéraire à Charles V (Paris). J'ai été admise et cette année a été un véritable déclic. J'ai compris que l'anglais n'était pour moi qu'un outil, que mon plaisir était d'écrire en français…


- Avez-vous des genres de prédilection ? Des préférences en terme de genre littéraire, de nationalités pour traduire (anglaise, américaine, etc.) ?
H.F. : Non. Enfin si. J'ai traduit des documents, des "beaux livres" essentiellement sur les Indiens des États-Unis, d'ailleurs c'est par ça que j'ai commencé. Mais à partir du moment où j'ai pu plonger dans la traduction de roman ou de nouvelles, j'ai su que ma place était là. Traduire de la fiction.
Par ailleurs, j'ai traduit des romanciers anglais et américains. Pas d'autres nationalités anglophones et ça me convient très bien.


- Pouvez-vous nous raconter comment s'est déroulée votre toute première traduction ?
H.F. : En fait c'était sur un document, donc je ne sais pas si ça vous intéresse. Quant à la fiction, un hasard, une éditrice qui avait fait passer des tests pour traduire Helen Dunmore et qui apparemment ne trouvait pas la bonne personne. J'ai été l'heureuse élue.


- Quelle a été votre traduction la plus plaisante ? La plus difficile ? [Ou alors faire un petit panorama/résumé de vos traductions ?]
H.F. : Ca fait une petite vingtaine d'années que je traduis et je peux vous dire qu'aucune traduction n'est facile. Pour résumer, je vous partage une citation de Proust qui me parle.
"Il y a des jours montueux et malaisés qu'on met un temps infini à gravir et des jours en pente qui se laissent descendre à fond de train en chantant."
Quand je traduis un livre, je passe par ces phases-là, quel que soit le livre (et en ce moment, j'ai plutôt tendance à peiner). Mais il y a des moments formidables quand, par exemple, je trouve la "voix" de tel ou tel personnage ou quand je sens que se dégage d'un passage traduit une atmosphère qui va bien au-delà des mots.


- La collection Terres d'Amérique d'Albin Michel est une sorte de monument éditorial pour tous les amoureux de la littérature américaine, qu'est-ce que cela vous fait de faire partie de ses traducteurs ?
H.F. : J'en suis ravie, les sept auteurs que je traduis en font partie et je m'y sens bien.

- Quelles seront vos prochaines traductions ?
H.F. : Dan Chaon vient de rendre son nouveau roman à son éditeur. Et comme c'est un auteur que j'admire énormément, j'ai toujours le trac, la peur de ne pas être à la hauteur. Traduire Dan est un de mes défis professionnels majeurs.


- Un conseil pour des personnes qui souhaiteraient exercer votre métier ?
H.F. : Je ne suis pas sûre d'avoir des conseils à donner. Mon fil conducteur est l'exigence, le respect de l'auteur et du lecteur, tendre vers l'invisibilité. Et pour moi, ça passe par un dialogue constant avec l'auteur pendant tout le processus de traduction.



Questions de Grybouille :

Tout d’abord Hou HOU*, Mme Hélène Fournier pour vos réponses à venir, heu.. . ou avenir.


                First, M Willy Vlautin nous sort une ballade, en tant que traductrice était-ce une ballade ?

Hélène Fournier
Si pour vous une ballade est un poème de forme libre, alors oui. En fait, ce fut une expérience unique. Willy est un auteur mais aussi un musicien, c'est un artiste. Son écriture m'a semblé moins littéraire que celle de mes autres auteurs, et je ne porte là aucun jugement. Ca m'a déstabilisée au début tout en m'offrant une liberté que je n'avais peut-être encore jamais expérimentée.


Second, Comment avez-vous été amenée  à traduire cet auteur ?
Hélène Fournier
                Mon éditeur me l'a proposé.

Thirdly, avez-vous déjà rencontré l’auteur et si, oui, comment la rencontre s'est-elle passée ?

Hélène Fournier
                Nous nous sommes rencontrés la semaine dernière, nous avons passé de longues heures ensemble et nous avons échangé sur son prochain roman ainsi que sur ma façon de travailler. Et sur Ballade pour Leroy, bien sûr. L'auteur me touche infiniment, l'homme aussi et je crois que lui comme moi serons heureux de retravailler ensemble.


Fourth, le passage qui vous a le plus touché lors de votre traduction ?

Hélène Fournier
Je dois vous dire que j'ai traduit ce livre en 2014, je crois. Entre-temps, il y a eu d'autres auteurs, d'autres traductions, d'autres personnages, et je ne garde pas tout en tête. Mais les personnages de Pauline et Freddie m'ont bouleversée et j'ai pris un immense plaisir à cheminer plusieurs mois à leur côté. J'ai été très touchée par leur dignité, leur élégance, une magnifique leçon de vie.

               
Alter, Si vous aviez à ranger dans une palette de couleurs les pages que vous avez traduites, vous seriez dans quelles nuances, Chaudes, froides, lumineuses, dark.. . ?

Hélène Fournier
Toutes les couleurs, vraiment, de la noirceur à la lumière.


Merci beaucoup à Hélène Fournier ! 

6 commentaires:

  1. C'est vrai qu'il faudrait mettre les traducteurs plus à l'honneur, j'ai lu Ballade pour Leroy ainsi que Kentucky Song suite à vos chroniques et je compte lire les deux autres que je vois en photo :-)

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  2. Très jolie idée d'interview ! Merci de nous avoir permis d'en apprendre un peu plus sur le métier de traductrice, c'est très intéressant :)

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  3. Merci pour cet interview! Hélène Fournier est une grande traductrice et fait un boulot formidable.
    J'ai très hâte de lire "Ballade pour Leroy" et d'enfin découvrir Dan Chaon.

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    1. Merci Marie-Claude, je suis très touchée !

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  4. On parle assez peu des traducteurs, effectivement, et c'est dommage, parce que certains sont vraiment excellents et arrivent vraiment à rendre une atmosphère et une voix fidèle au livre d'origine.

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