samedi 7 mai 2016

Interview - Ellen Urbani [Landfall - Editions Gallmeister]






























Merci à Ellen Urbani pour ses réponses et son incroyable roman ! 
Merci à Ekaterina Koulechova pour son aide inestimable pour la traduction ! 


https://www.facebook.com/groups/806652162778979/


Votre premier roman vient d’être publié en France, comment vous sentez-vous ?

Écrire un livre signifie à un moment donné lâcher prise : quand vous vendez votre manuscrit, il devient celui de l’éditeur, du relecteur, du graphiste, autant que le vôtre. Cela est déjà vrai lorsqu’il est publié dans votre propre pays et dans votre langue. Mais cela devient encore plus vrai lorsqu’il est publié à l’étranger dans une autre langue. Je suis tellement reconnaissante envers Juliane Nivelt d’avoir donné une voix française à mes mots, et à Gallmeister d’avoir offert une vie et des lecteurs à Landfall dans votre pays. 

Comment avez-vous eu l’idée de ce premier roman ?

Lorsque je vivais au Guatemala à la fin de la guerre civile du début des années 1990, le mari d’une de mes meilleures amies a disparu. Comme des milliers d’autres, il faisait partie de ce que l’on nomme Los Desparecidos (Les Disparus) : des villageois enlevés par les forces du gouvernement en représailles de leur aide à la résistance. Peu de temps après, des troupes militaires sont revenues pour ses fils, afin de les mobiliser de force dans l’armée financée par l’état. J’ai caché les garçons dans un débarras alors que les soldats saccageaient la ville et ma maison à leur recherche – à un moment ils sont passés juste à côté de l’endroit où ils étaient cachés. L’histoire de cette expérience est détaillée dans mon premier livre, l’autobiographie When I was Elena. Bien des années après mon retour aux Etats-Unis, lorsque l’ouragan Katrina frappa la Côte du Golf, des rapports de citoyens disparus arrivèrent rapidement du Sud. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à mon amie du Guatemala et à sa famille, et j’étais submergées d’empathie envers les « desaparecidos » de Katrina, dont 705 sont toujours portés disparus plus de dix ans après. De cette empathie est né Landfall.

Quel est le message le plus important dans votre livre ?

Je crois aux possibilités à la possibilité d’à peu près n’importe quoi ou je crois à tous les possibles, et je peux dire que j’ai fait l’expérience dans ma vie de circonstances les plus étranges et imprévisibles menant à un résultat qui ne peut être décrit que comme miraculeux. Albert Einstein a dit : « La coïncidence est la façon qu’a Dieu de demeurer anonyme. », et si je pouvais, je croirais en l’existence d’un Dieu, ce qui serait pratique. Mais je soupçonne depuis longtemps que la vie est loin d’être aussi simple. (Et je pense qu’Einstein le savait aussi). Au lieu de, cela comme ce grand monsieur, je crois en la probabilité mathématique, et en notre mouvement naturel vers l’ordre et les modèles, et en le fait vérifiable que des choses parfaitement improbables arrivent tous les jours. Appelez ça de la magie ou des coïncidences. Appelez ça des signes, ou Dieu, ou encore le karma, ou bien même la science.  Quoi qu’il en soit,  et j’en ai fait l’expérience, si nous vivons avec les yeux grand ouverts et sommes remplis de bonnes intentions, si nous prenons les défis de la vie à bras le corps sans les laisser nous posséder, et si nous apprenons de nos erreurs et que nous suivons les indices qu’elles nous laissent, souvent nous arrivons précisément sur le bon chemin.

Vous attendez-vous / souhaitez-vous une adaptation cinématographique ?

 Soyons honnêtes : qui ne voudrait pas voir ses livres adaptés au cinéma ?  J’embrasserai avec reconnaissance le sol sur lequel marchera la personne qui donnera un exemplaire de Landfall à Steven Spielberg !

Quel est votre personnage préféré dans Landfall ?

Alors que Rose et Rosy sont des personnages à part entière sur le papier, elles sont, de plusieurs manières,  un reflet de différents aspects de moi-même. Sans le faire consciemment, j’ai réalisé assez tôt que Rosy avait une partie de mon cœur alors Rose était dotée de ma tête.. Au final, c’est Rosy – le personnage qui représente mon cœur – que j’aime le plus.

Avez-vous un genre littéraire préféré ? Quels sont vos livres préférés ?

J’ai la chance exceptionnelle de compter des écrivains contemporains merveilleux parmi mon cercle d’amis proches, et j’ai aussi eu la joie de trouver de l’aide et de l’inspiration dans le travail d’artistes comme Wallace Stegner, Karen von Blixen-Finecke, Barbara Kingsolver, Pat Barker, Geraldine Brooks, Michael Chabon, Alexandra Fuller, Anne Fadiman et Yann Martel. Au-delà de ça, je suis redevable à un bon nombre d’écrivains, tous auteurs de bestsellers, qui qui ont entretenu une riche correspondance avec moi  après la publication de mon premier livre afin de m’encourager et de me conseiller, alors qu’ils avaient toutes les raisons du monde de rester à l’écart vu à quel point ils sont constamment sollicités ailleurs. En ce qui concerne les circonstances changeantes que je vis  en ce moment, Alice Walker m’a écrit : « La vie est tellement mystérieuse. Nous sommes toujours.en train de changer de destination »  Ces sont depuis toujours une sorte de bouée de sauvetage : emplie de promesses, nappée de magie, animée d’espoir.

Quel est le rôle de l’écrivain ? Pourquoi écrivez-vous ?

Je ne suis pas une écrivain comme le sont nombre de mes amis écrivains. Ces derniers ont besoin d’écrire tout comme ils ont besoin de manger, de dormir, de respirer ; écrire fait partie d’eux tout comme leur foie ou leurs dents. Ils écrivent parce qu’ils se réveillent le matin, et c’est ce qu’ils font tout de suite après. De mon côté, je suis écrivain autant que tout ce que j’ai été et continue d’être : une fermière, une avocate, une voyageuse, une enseignante, une aventurière, une épouse, une mère. Pour moi, une histoire a besoin de mûrir en moi et grandir de telle sorte que je ne puisse plus la contenir, tellement sauvage qu’elle aurait tendance à sortir par les pores de ma peau, avant que je ne sois suffisamment possédée par elle pour pouvoir l’exprimer. 

Un conseil pour les écrivains en herbe ?

Mon conseil est d’ignorer tous les conseils. Si vous vous levez et devez écrire chaque jour, alors écrivez chaque jour. Si vous sentez que vous devez écrire seulement quand votre peau vous brûle, alors faites les autres choses qui vous passionnent les autres jours. Soyez sincères envers vous-mêmes. Et ignorez ce que les autres font afin de prendre soin de votre propre feu intérieur. S’il est suffisamment fort, le monde le remarquera. 

Quelle est votre définition des « Etats-Unis » ?

Si vous jugez par les gros titres et les évènements mineurs que fait actuellement Donald Trump, je pense que vous devez définir les Etats Unis comme un cirque. Mais j’ai plus de foi en nous que cela. Je crois, dans l’ensemble, que les États-Unis est un pays qui représente toujours l’espoir, l’ambition et le dur labeur ; un pays qui pense un peu trop à lui-même la plupart du temps, mais qui est tout de même la patrie de beaucoup de personnes bonnes et humbles. C’est, en fin de compte, un endroit où les rêves sont toujours possibles pour la plupart des gens – moi y comprise. Je me considère comme très chanceuse d’être née Américaine.

Quel est votre prochain projet littéraire ?

Je pensais retourner à l’autobiographie, et écrire à propos des cinq dernières années que j’ai vécues en passant du stade de mère célibataire et citadine à celui d’épouse d’un homme de la campagne, et construisant une ferme. Mais mon agent aimerait que j’écrive à nouveau de la fiction : de la fiction historique, avec des personnages qui traversent plusieurs époques. En prenant l’inspiration de mon gagne-pain et de ma terre, je pense que je suis arrivée à un stade où je parviens à mélanger mes propres histoires avec la vie d’une pionnière du far-west américain. C’est ce sur quoi je suis actuellement en train de travailler et de faire des recherches.

Un message pour les lecteurs français ?

Sincèrement, je ne veux dire qu’un grand « merci ». En fait, j’ai envie de le crier en dansant une joyeuse petite gigue ! C'est un grand honneur et un véritable privilège de savoir que les lecteurs français ont accueilli mon livre entre leurs mains et dans leur cœur, alors qu’il y a tant d’auteurs Français talentueux et brillants. 




- Your first novel is now published in France, how do you feel about it?

The act of writing a book is really an act of letting go: when you sell your manuscript, it becomes just as much the publisher’s, the editor’s, the cover designer’s, as it is yours. Which is all true enough when it’s published in your own country and in your own language, but seems even more true when it’s published abroad in a foreign tongue. I am ever so grateful to Juliane Nivelt for giving a French voice to my words, and to Gallmeister for giving Landfall a life and an audience in your country. 


- How did you have the idea of this first novel?

When I lived in Guatemala at the end of that country's civil war, in the early 1990s, the husband of one of my dearest friends disappeared. Like thousands of others, he was one of Los Desaparecidos (The Disappeared Ones): villagers abducted by government forces in retribution for their allegiance to the resistance. A short time later, military troops returned for his sons, to forcibly enlist them in the state-sponsored army. I hid the boys in a small storeroom in my home as soldiers ransacked the town, and my house, in search of them -- at one point passing within inches of the children's hiding place. The story of that experience is detailed in my first book, the memoir When I Was Elena. Many years later, after I’d returned to life stateside and Hurricane Katrina hit the Gulf Coast, reports of vast numbers of missing citizens quickly wafted out of the South. I couldn’t help thinking about my Guatemalan friend and her family, and was overcome with empathy for the families of Katrina’s ‘desaparecidos,’ 705 of whom are still classified as missing these ten years later. From that place of empathy, Landfall grew. 


- What is the most important message in your book ?

I believe in the possibility of almost anything, and I have seen it come to pass in my life that the strangest and most unpredictable string of circumstances leads to an outcome I can best describe as miraculous. Albert Einstein said, “Coincidence is God’s way of remaining anonymous,” and if I could bring myself to believe in a God that would be a convenient theory. But I’ve long suspected life is not so simply explained. (And I don’t suspect for a minute that Einstein did, either.) Instead, like the esteemed man, I believe in mathematical probability, and in the environment’s tendency toward patterns and order, and in the verifiable fact that highly unlikely things happen in the natural world every day. Call it magic. Call it coincidence. Call it signs or God or karma or science. Regardless, it has been my experience that if we live with our eyes wide open and our hearts in the right place, if we shoulder life’s hardships without allowing them to hollow us, and if we learn from our mistakes and follow the clues they carve for us, we often land on precisely the path upon which we need to stand. 


- Do you expect/want a movie adaptation ?

Let’s be honest: Who wouldn’t want to see their book made into a movie? I will gratefully kiss the ground upon which walks the person who manages to get a copy of Landfall into the hands of Steven Spielberg!  


- Who is your favorite character in Landfall?

As Rose and Rosy grew into fully formed people-on-paper they became, in many ways, a reflection of different aspects of myself. While I didn’t consciously set out to do so, I realized rather quickly that I what I’d done as I wrote was to give much of my heart to Rosy, and much of my head to Rose. In the end, it is Rosy – the character who represents my heart – whom I loved the most.  


- Do you have a favorite literary genre?  What are your favorite books?

I am uncommonly privileged to count a number of exceptional contemporary writers among my circle of dear personal friends, and I have also had the great joy of finding guidance and inspiration in the work of artists such as Wallace Stegner, Karen von Blixen-Finecke, Barbara Kingsolver, Pat Barker, Geraldine Brooks, Michael Chabon, Alexandra Fuller, Anne Fadiman, and Yann Martel. Beyond that, I owe a debt of gratitude to a number of esteemed authors, bestsellers all – every one of whom, therefore, had plenty of reason to cloister him- or herself given the demands on his attention and the limits to his personal time – who generously corresponded with me after the publication of my first book to share words of encouragement/support/advice. In regard to the changed circumstances in which I found myself at that moment, Alice Walker wrote to me: “Life is so mysterious. We are always on our way to a changing destination.” Those words have, for all the years since, been a buoy to me: pregnant with promise, slick with magic, alive with hope.


- What is the role of the writer? Why do you write?

I am not a writer like so many of my writer friends are writers. Those others must write like they must eat, or sleep, or breathe; writing is as much a part of them as is their liver or their teeth. They write because they woke up this morning, and writing is what they always do next. I, on the other hand, am a writer in as much as I am anything else that I was once and may continue to be: a farmer, a counselor, a traveler, a teacher, an adventurer, a wife, a mother. For me, a story has to smolder in me and grow so unmanageable that I can no longer contain it, so wild it threatens to explode right out of my skin, before I’m sufficiently possessed to express it. 


Any advice for aspiring writers?

My advice is to ignore all the advice. If you wake up and have to write everyday, then write every day. If you only feel like writing when your skin burns, then do other things on all those other days when there are other fires in you. Be true to yourself, only. Ignore whatever the hell the rest of us are doing in favor of tending your own flames. If they are strong enough, the world will notice.

      - What is your definition of "United States"?

If you judged by the headlines and the sideshow that Donald Trump is presently making of our presidential race, I think you’d have to define the United States as a circus. But I have more faith in us than that. I believe, by and large, that the United States is a country that still represents hope and aspiration and hard work; a country that thinks rather too much of itself much of the time, but is nonetheless home to many good and humble people. It is, in the end, a place where dreams are still possible for most people – including me. I count myself as very lucky to have been born an American.  


- What is your new literary project?

I had thought I would return to memoir, and write about the past five years of my life when I went from being a single mother living in the city to being the wife of a country man and building a farm. But my agent is hopeful I will write fiction again: historical fiction, with characters whose lives intersect over the years. Drawing on inspiration from my own livelihood and land, I think I’ve come up with a way to meld my own stories with the life of one of the original western pioneer women in America. So that is what I’m presently stewing on and researching. 


A message for French readers?

Truly, I want to say no more than “thank you.” Actually, I want to shout it while dancing a happy little jig! It is my great honor and privilege that French readers have welcomed my book into their hands and hearts when there are so many talented and brilliant French authors on whose words they might focus instead. I am ever so thankful to be embraced by you. 

Merci encore à Ellen Urbani et les éditions Gallmeister !! 

12 commentaires:

  1. Passionnant cet entretien. Et on sent bien qu'Ellen Urbani n'écrit pas au kilomètre. Elle murit ses livres et c'est un vrai plus.

    RépondreSupprimer
  2. Merci pour cet échange ! c'est toujours formidable d'en apprendre un peu plus sur un écrivain dont on a aimé le livre !
    je partage

    RépondreSupprimer
  3. Super interview! Merci beaucoup! Ellen Urbani a l'air d'avoir une vie passionnante, j'ai été très touchée par ce qu'elle raconte sur le Guatémala, ça me donne envie de lire son premier livre

    RépondreSupprimer
  4. Many thanks to you, Léa, for offering me the opportunity to speak with you and with your followers. In less than 24 hours, I will be on a plane to France, where I get to travel and talk about LANDFALL with French readers. I can't wait!! You have been so generous in your support of my book, as have so many of your countrymen, and I look forward to the chance to thank everyone in person.

    RépondreSupprimer
  5. Coucou,
    Merci beaucoup pour ce partage. C'est super intéressant d'en savoir plus sur cette auteure.
    Bises

    RépondreSupprimer
  6. Très chouette interview, ça m'intéresse :)

    RépondreSupprimer
  7. Elle est tellement adorable cette auteur!

    RépondreSupprimer
  8. Passionnant ! Je compte bien lire son livre un de ces jours.

    RépondreSupprimer
  9. J'ai acheté le livre mais pas encore ouvert ! Pas d'inquiétude, ce sera fait ;-))

    RépondreSupprimer
  10. Superbe interview ! Un magnifique roman avec Landfall, je suis contente de pouvoir en découvrir un peu plus sur son auteur.

    RépondreSupprimer
  11. Belle initiative, Léa. Une interview passionnante à lire. Après le coup de coeur pour son roman, c'est réjouissant de la découvrir davantage. Merci!

    RépondreSupprimer